Le vétérinaire et professeur au Département de sciences cliniques de l'UdeM Jean-Philippe Roy souhaite lui aussi diminuer l’utilisation des antibiotiques. «La mammite bovine est la cause principale d’utilisation d’antibiotiques dans les troupeaux laitiers», indique-t-il. Si, auparavant, des antibiotiques étaient donnés systématiquement à toutes les vaches lors de leur tarissement, on tente aujourd’hui d’en faire un usage plus judicieux pour ralentir l’apparition d’une antibiorésistance.
Lorsque la vache cesse de produire du lait, les risques d’infections mammaires augmentent. La vidange du lait est donc protectrice, puisque la traite élimine mécaniquement les agents pathogènes. «Là, on arrête du jour au lendemain. Il se produit un engorgement dans la glande mammaire pendant quelques jours, le temps que la production cesse», relate Jean-Philippe Roy.
Pour une utilisation plus précise des antibiotiques, l’équipe teste présentement un protocole qui permettrait de réduire de près de 90 % leur usage sans ajouter trop de travail aux fermières et fermiers débordés. Les fermes utiliseraient ainsi une mesure qu’elles ont déjà: le comptage des cellules immunitaires (cellules somatiques) dans le lait, qui est effectué sur chaque vache 10 fois par année. «Lorsqu’il y a une infection bactérienne, le compte de cellules somatiques augmente, ce qui indique la présence d’une inflammation et trahit la présence d’une infection», explique Jean-Philippe Roy.
«En bas d’un seuil de compte de cellules somatiques, on considère que la vache est saine. Sinon, on fait une culture bactériologique pour chaque quartier [la mamelle, ou pis, de la vache est composée de quatre quartiers] et l'on injecte un antibiotique seulement dans les quartiers infectés», ajoute-t-il. Les quartiers sains, eux, sont scellés à l’aide d’une substance inerte, qui crée une barrière physique contre les bactéries. Ce n’est donc qu’une minorité de vaches qui doivent faire l’objet d’une culture.
Le Dr Roy, en collaboration avec Simon Dufour, professeur au Département de pathologie et microbiologie de l'UdeM, continuera de recueillir des échantillons cet été. Au total, ils visent à faire des prélèvements sur quelque 720 vaches. Cet essai contrôlé randomisé est financé par le programme de grappes de recherche laitière d’Agriculture et Agroalimentaire Canada.