Incursion d’un démographe dans la linguistique
Le chercheur spécialisé en politiques publiques a ainsi voulu se pencher sur l’état des populations de locuteurs de langues autochtones au Canada. «Les linguistes s’intéressent aux langues autochtones menacées d’extinction, mais n’ont pas nécessairement les outils pour examiner ce qui pourrait advenir de ces populations. Je me suis dit que, comme démographe, il y avait quelque chose à faire pour effectuer des projections de population appliquées aux langues menacées d’extinction», raconte-t-il.
Pour prédire l’état des populations de ces locuteurs d’ici 2101, le démographe, en collaboration avec des chercheurs et chercheuses en linguistique et en histoire, a appliqué la méthode des composantes, qui prend en compte la mortalité, la fécondité et la migration dans une population ciblée. Les résultats de cette analyse viennent d’être publiés dans la revue Royal Society Open Science.
Malgré les données de qualité provenant des recensements canadiens, l’équipe de recherche a fait face à quelques défis. Certaines langues ne comptent en effet qu’un nombre très limité de locuteurs (parfois qu’une centaine). «La méthode n’était pas adaptée pour d’aussi petites populations», précise Michaël Boissonneault.
L’équipe a donc regroupé certaines langues pour effectuer une projection plus robuste et s’est penchée sur l’avenir de 27 langues ou groupes de langues parlées au Canada (21 langues uniques et 6 groupes de langues). Elle a également utilisé des données de plusieurs recensements canadiens (2001, 2006, 2011, 2016 et 2021), alors que ce type de projection se base d’habitude sur une seule année de référence. «Ce n’est pas l’idéal, mais le but n’était pas tant de prédire exactement ce qui se passera dans le futur pour ces langues que de montrer le potentiel de la projection démographique parce que cela n’avait jamais été fait», souligne-t-il.