Pédaler en étudiant… et boire plus sucré

En 5 secondes Une équipe de recherche de l’UdeM s’est intéressée aux effets des bureaux actifs sur les comportements alimentaires.
Selon François Dupont, briser la posture sédentaire est bénéfique pour la santé, mais il faut aussi s’intéresser à l’intensité de l’activité physique induite par les bureaux actifs.

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La nutrition à l’épreuve de la science Article 16 / 17

Les bureaux actifs – avec pédalier ou vélo stationnaire – permettent de briser la sédentarité tout en restant productif dans une tâche cognitive. Dans les dernières années, ce type de bureau est devenu de plus en plus populaire, notamment dans les écoles et les universités.  

Pourtant, nous en connaissons peu sur la manière de les utiliser (sur la fréquence et la vitesse appropriées, par exemple), alors que ces modalités pourraient influencer les bienfaits et les risques liés à leur utilisation. 

Et c’est ce que souhaitaient décortiquer Marie-Eve Mathieu, professeure à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal, et François Dupont, alors au doctorat en sciences de l’activité physique. 

Dans une première étude publiée en 2024, ils ont démontré qu’une activité de faible intensité ne nuit pas à la concentration et à l’apprentissage, voire les améliore légèrement. Leur dernière étude s’est plutôt penchée sur l’effet des intensités de l’activité physique lors d’une tâche d’apprentissage sur les comportements alimentaires qui suivent. 

Autrement dit, est-ce que l’intensité de l’effort influence ce que les personnes étudiantes choisissent de manger et de boire ensuite? 

Une alimentation somme toute inchangée

Les personnes étudiantes arrivaient au Laboratoire Activité Physique et Santé (LAPS) au CEPSUM pour visionner un documentaire de 30 minutes, puis complétaient une évaluation simulant un examen universitaire portant sur le contenu du documentaire. Les conditions étaient croisées et randomisées: chacune passait par les différentes modalités, soit en position assise, soit sur un bureau avec pédalier avec une faible intensité d’exercice, soit sur un vélo stationnaire à intensité moyenne. 

Une fois l’examen terminé, les personnes participantes se voyaient offrir un buffet d’une trentaine d’aliments, offerts à volonté.

L’hypothèse de cette étude s’appuyait sur le concept du «chronoexercice» que développe depuis quelques années la professeure Marie-Eve Mathieu. «Normalement, les études montrent qu’une fenêtre d’environ 30 minutes après l’exercice à intensité moyenne à élevée favorise une meilleure sensibilité aux signaux de l’appétit et de la satiété, notamment par l’inhibition temporaire de la ghréline, l’hormone qui stimule l’appétit. On s’attendait donc que l’ingestion calorique lors de la condition sur vélo stationnaire à intensité moyenne soit moins grande», explique François Dupont. 

Contrairement à ce que cette théorie laissait présager, pédaler à intensité moyenne n’a pas réduit la quantité totale de nourriture consommée. Les sujets mangeaient globalement autant, qu’ils aient pédalé ou pas. 

À l’inverse, lorsque l’activité était très légère, les étudiantes et étudiants tendaient à manger environ 20 % moins, toutes catégories confondues. Pour le chercheur, ce résultat pourrait s’expliquer par le stress.

«On sait que les tâches cognitives exigeantes augmentent le cortisol, hormone associée à une perturbation des signaux de satiété et à une augmentation de l’appétit. Or, dans le premier article du projet, les participants ont déclaré se sentir plus satisfaits de leur performance à la tâche d’examen lorsqu’ils avaient pédalé à faible intensité. Une meilleure satisfaction à la performance pourrait refléter un état de stress moindre, et donc une régulation de l’appétit plus efficace ou moins perturbée», indique-t-il. 

Mais une envie de boissons sucrées 

Autre résultat intéressant: même s’il n’y avait pas de différence d’ingestion calorique entre les conditions, une différence marquée s’est manifestée du côté des boissons. Après une séance sur le vélo stationnaire à intensité moyenne, les personnes participantes avaient davantage tendance à consommer des boissons sucrées, notamment des boissons gazeuses. La consommation d’eau, elle, demeurait stable, peu importe la condition. 

«Cette observation est pertinente dans le contexte universitaire où les machines distributrices rendent très accessibles les boissons sucrées et énergisantes. Elle suggère que l’environnement alimentaire peut amplifier une vulnérabilité physiologique temporaire», souligne François Dupont, qui rappelle du même souffle les effets néfastes de ces boissons sur la santé. 

Sur le plan physiologique, poursuit le chercheur, après un effort d’intensité moyenne à élevée, le cerveau cherche à reconstituer rapidement ses réserves énergétiques. Les glucides, particulièrement sous forme liquide, constituent une source rapide d’énergie.  

L’effet du «chronoexercice» lors de la condition d’intensité moyenne n’est donc pas apparu. Selon le chercheur, il est possible que le délai entre l’exercice et le dîner ait été trop long, et donc que la plage d’environ 30 minutes qui favorise la sensibilité aux signaux de satiété ait été manquée.  

«Peut-être, aussi, que le stress provoqué à la fois par l’intensité moyenne et la tâche cognitive est venu influencer la préférence pour les boissons gazeuses sucrées», ajoute-t-il. 

Donc, recommande-t-on les bureaux actifs? 

Les résultats de cette étude et de la précédente ne remettent pas en question l’intérêt des postes de travail actifs, rassure François Dupont. À ses yeux, briser plusieurs fois par jour la posture sédentaire est bénéfique pour la santé, mais il faut aussi s’intéresser à l’intensité de l’activité physique induite par les bureaux actifs. 

«Avec le bureau à pédalier, une intensité faible semble préférable pour l’apprentissage et la régulation de l’appétit. Les intensités plus élevées demeurent pertinentes pour la gestion de l’anxiété ou le bien-être général, mais peut-être éviter de les faire sur des bureaux actifs pendant une tâche cognitive. Notre étude apporte un éclairage quant à l’environnement alimentaire dans nos institutions universitaires, et plus spécifiquement dans le contexte de l’activité physique. Il serait souhaitable que l’option la plus accessible soit un abreuvoir plutôt qu’une distributrice de boissons sucrées», résume le chercheur. 

Il s’agit d’un rappel que les choix alimentaires ne dépendent pas seulement de la volonté, mais aussi du contexte physiologique et environnemental dans lequel ils surviennent. 

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