La Faculté de pharmacie se mobilise pour répondre à la crise du coronavirus

  • Forum
  • Le 24 avril 2020

  • Benjamin Augereau
D'ici quelques jours, 150 nouveaux diplômés arriveront en renfort dans le réseau de la santé, notamment dans les pharmacies communautaires.

D'ici quelques jours, 150 nouveaux diplômés arriveront en renfort dans le réseau de la santé, notamment dans les pharmacies communautaires.

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Des mesures ont été mises en place pour permettre notamment à près de 150 nouveaux pharmaciens de se joindre au personnel du réseau de la santé plus rapidement.

À l’instar des facultés de médecine et de sciences infirmières ainsi que de l’École de travail social, la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal s’est mobilisée pour répondre à l’appel du gouvernement et envoyer rapidement en renfort de nouveaux professionnels et nouvelles professionnelles sur le terrain.

Nathalie Letarte, responsable du programme de doctorat de premier cycle en pharmacie, et Ema Ferreira, vice-doyenne aux études de premier cycle, reviennent sur cette mobilisation.

Ema Ferreira

Nathalie Letarte

On entend assez peu parler des pharmaciens actuellement. Pourtant, ils jouent un rôle essentiel dans la gestion de cette crise.

Nathalie Letarte: C’est certain. Les pharmaciens sont sur deux fronts: dans les pharmacies communautaires, où ils continuent de servir les patients, qui ont toujours besoin de leurs médicaments; et dans le milieu hospitalier, aux soins intensifs et aux urgences de même que dans des unités où des gens atteints de la COVID-19 sont soignés.

Ema Ferreira: Il faut rappeler que le gouvernement a désigné les pharmacies comme un service essentiel. La santé est au cœur des préoccupations de tous en ce moment. En ces temps difficiles, les pharmaciens sont un point de repère pour les patients et parmi les seuls professionnels de la santé facilement accessibles.

La Faculté de pharmacie a, elle aussi, été appelée à se mobiliser sans tarder.

Ema Ferreira: Dès le début de la crise, nous avons en effet reçu des appels à la mobilisation de l’Ordre des pharmaciens du Québec, des associations de pharmaciens ainsi que des ministères de la Santé et des Services sociaux et de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Nathalie Letarte: Nos finissants et finissantes étant près de terminer leur cursus, on nous a demandé de réfléchir à des solutions qui leur permettraient d’obtenir leur diplôme plus rapidement afin qu’ils aillent soutenir le réseau au plus vite. Les pharmacies communautaires notamment ont besoin d’être épaulées par nos nouvelles personnes diplômées. Lorsque des pharmaciens sont malades ou doivent être mis en quarantaine parce qu’ils ont été en contact avec des patients infectés, on peut en effet faire face à des pénuries temporaires et bris de service.

Quelles réponses avez-vous apportées à cette crise?

Nathalie Letarte: Lorsque les cours ont été suspendus à l’Université, le 13 mars dernier, nous avons d’abord dû retirer nos étudiants et étudiantes stagiaires des milieux hospitaliers; certains ont été dirigés vers des pharmacies communautaires, où ils ont pu poursuivre leur stage, et d’autres ont réalisé des activités compensatoires. Nous avons également raccourci de trois semaines la durée du dernier stage de nos finissants et finissantes et remanié leur dernier cours afin qu’ils puissent nous remettre leurs travaux plus rapidement. Grâce à ces ajustements, quelque 150 nouvelles personnes diplômées en pharmacie de l’UdeM se joindront au personnel du réseau de la santé d’ici quelques jours. L’Ordre des pharmaciens travaille actuellement à la remise de leurs permis d’exercice.

Ema Ferreira: Malgré cette accélération, nos étudiants et étudiantes ont eu le temps de remplir tous leurs objectifs. Plus de 90 % de leurs stages avaient en effet déjà été effectués. Nous avons également lancé un appel aux pharmaciens en exercice, leur demandant de mentorer nos nouveaux diplômés à leur arrivée. Et ils ont très bien répondu à cet appel. L’Ordre des pharmaciens nous a accompagnés durant tout le processus ainsi que l’Université Laval, siège de la seconde faculté de pharmacie au Québec. Nous nous sommes assurés que nos populations étudiantes avaient acquis les mêmes compétences.

Nathalie Letarte: J’ajouterais que toutes les modifications apportées ont été approuvées par notre organisme d’agrément, à l’échelle canadienne. Nos nouveaux pharmaciens et nouvelles pharmaciennes vont être très bien outillés. Ils vont juste entamer plus vite leur activité professionnelle.

Quelles ont été les réactions de la communauté facultaire?

Nathalie Letarte: Nous avons sans délai rencontré virtuellement tous nos étudiants et étudiantes. S’il a fallu rassurer celles et ceux surpris ou un peu plus anxieux, la grande majorité était fébrile et heureuse de pouvoir commencer la pratique à courte échéance et de venir en aide au réseau. Je veux souligner le travail impressionnant qui a été réalisé à l’interne, notamment celui de l’équipe des stages lorsqu’il a fallu rapatrier nos stagiaires du milieu hospitalier; elle a par ailleurs redoublé d’imagination pour créer des activités compensatoires. Même nos bibliothécaires ont été mis à contribution. Les membres du corps professoral ont aussi beaucoup travaillé pour corriger rapidement les manuscrits. Toute notre équipe a mis l’épaule à la roue et nous avons réussi à diplômer ces étudiants et étudiantes en six semaines. Je voudrais aussi saluer le travail de nos partenaires, qui nous ont soutenus durant tout ce processus.

Ema Ferreira: L’ensemble de notre communauté a montré qu’elle pouvait faire preuve d’une grande ouverture, de flexibilité, de créativité et, surtout, de solidarité!